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Monsieur Jean-Michel Delaveau a reçu la Légion d'Honneur

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Écrit par AIDAPHI   

Mardi, 21 Février 2017 15:51

 

Jean-Michel Delaveau, ancien Directeur Général de l'Aidaphi de 1990 à 2009,  Administrateur de l'Aidaphi et Président de l'URIOPSS Centre, a reçu, le 7 février dernier, la Légion d'honneur par le Président de la Région Centre-Val de Loire, François Bonneau à l'Aidaphi. Vous trouverez, ci-dessous, le discours qu'il a prononcé.

Monsieur le Président, Cher François,

Je tiens tout d’abord à vous remercier chaleureusement d’avoir accepté de me remettre cette distinction dans un emploi du temps que l’on sait de toute façon chargé mais bien plus encore en cette période du début 2017. J’ose y voir un gage de fidélité à des valeurs communes au service de nos concitoyens, même si elles ont pris des chemins différents pour s’exprimer, vous dans la politique, moi dans l’action sociale. Je me souviens des débats enflammés, parfois houleux, qui se déroulaient sous la houlette de Claude Dupont, il y a maintenant bien longtemps, plus de 45 ans, dans des salles à l’époque enfumées de l’agglomération de Montargis. Nous y refaisions le monde, en tous cas c’est ce que nous croyions avec l’ardeur de la jeunesse.

Je salue les personnalités présentes.

Je veux également tous vous remercier de participer à cette cérémonie.

Je dois vous dire que j’appréhendais un peu cette manifestation, car si j’ai l’habitude de prendre la parole au titre des responsabilités que j’exerce, c’est beaucoup plus difficile à l’occasion d’un évènement qui me concerne personnellement. Aussi, je ne vous parlerai pas trop de moi, mais surtout du sens que je donne à cette distinction.

Tout d’abord, je dois vous dire que je suis heureux qu’elle se déroule dans ces lieux. Nous sommes dans un restaurant d’insertion qui n’a pu s’installer ici qu’avec un partenariat fort avec une grande association d’action sociale, l’Aidaphi, dans un environnement d’un parc d’activités économiques. Quel beau symbole de l’ESS.

Merci donc à vous tous d’être présents ce soir.

Ayant passé la plus grande partie de ma vie professionnelle et de ma nouvelle vie de bénévole à agir dans le champ de l’action sociale et de la solidarité, je prends la distinction qui m’est remise comme la reconnaissance du rôle que jouent les acteurs de la solidarité dans le maintien de la cohésion sociale de notre société et de ce que l’on appelle maintenant le « vivre ensemble ».

Nous avons un système français de solidarité qui est très spécifique par rapport à ceux qui existent ailleurs. Il est fragile et il faut sans cesse le conforter.

Historiquement, il s’est construit progressivement surtout depuis la fin du 19ème siècle, à partir d’initiatives privées de personnes engagées, on dirait aujourd’hui des militants associatifs, attachées à s’attaquer à toutes les manifestations des souffrances de la maladie, des handicaps, de la misère.

Petit à petit l’état s’est intéressé à ce système, il a considéré qu’il devait l’organiser, le réguler prendre toute sa part, devenir ce que l’on a appelé l’état providence, mais en laissant les acteurs de terrain, majoritairement de statut associatif, s’occuper de la mise en œuvre, considérant qu’ils étaient au plus près des personnes devant être accompagnées,et que cela leur donnait une meilleure connaissance des besoins et de la façon d’y faire face et une plus grande souplesse d’intervention.

On a donc aujourd’hui un système caractéristique, avec des autorités publiques organisatrices et régulatrices, et des acteurs de terrain le plus souvent associatifs qui accompagnent les populations fragiles. Je simplifie bien sûr, mais on n’est pas dans un exposé de politique sociale.

Ce système est plein de tensions. Nous pensons par exemple que la place de nos associations devrait être reconsidérée, parce qu’elles représentent un corps intermédiaire essentiel de la démocratie participative. Elles sont souvent encensées par les pouvoirs publics, mais ils ont parfois le plus grand mal à les considérer comme de vrais interlocuteurs.

Nous reconnaissons totalement aux élus de la démocratie représentative la plénitude de leurs attributions. C’est à eux qu’il appartient de faire les choix politiques en vertu de la légitimité qui leur est conférée par les urnes.

Il n’empêche que la démocratie représentative est largement interrogée et qu’elle a besoin de se régénérer pour retrouver toute sa place.

Les corps intermédiaires que nous représentons dans nos secteurs, loin de s’opposer aux fondements de la représentation, sont une forme complémentaire d’éclairage de décisions, voire de co-construction des décisions, conservant aux élus leur rôle, mais associant plus largement et plus directement la société civile à l’élaboration de l’intérêt général. C’est ce que nous souhaitons.

Notre système est plein de tensions, certes, mais cahin caha, il fonctionne, et il est très différent d’autres modèles qui ont existé ou qui existent toujours. J’évoquerai juste pour mémoire le modèle complètement étatisé qui s’est imposé dans des sociétés qui ont fait faillite. Mais il existe un autre modèle que certains veulent promouvoir. C’est le modèle anglo-saxon ou l’état intervient peu. On aide les plus pauvres, et encore !, et les autres se débrouillent, auprès de leurs proches, auprès du marché. C’est le modèle libéral de protection sociale, caractérisé par l’existence de ce que l’on appelle les « charities », mot qui définit bien la conception qui les sous tend et qui n’est pas la notre.

Prenons garde à ne pas laisser dégrader notre système original de protection sociale. Il y a plusieurs bonnes raisons à cela.

La première bonne raison est que notre système est garant de la cohésion sociale. Il convient donc de ne pas laisser les relations entre les associations et les pouvoirs publics se gangrener par le passage d’une logique de partenariat à une logique de prestations de services. Il faut au contraire réaffirmer la nécessité d’un partenariat durable et constructif entre les associations et les autorités publiques, réaffirmer l’importance de les associer dans des dispositifs de concertation efficaces, réaffirmer enfin que l’association de solidarité est un corps de la société civile garant du lien social et assurant une fonction indispensable de veille des besoins sociaux.

La seconde bonne raison, et je reconnais qu’elle est du domaine de la conviction, est qu’en investissant sur la solidarité, on préviendra bien des problèmes qui nous attendent.

Investir sur la solidarité, c’est le titre d’un appel inter associatif que l’Uniopss a signé avec de nombreuses autres organisations de solidarité il y a quelques années, fin 2011, avant les précédentes élections présidentielles.

Les conséquences sociales et humaines de la crise économique et financière que nous avons traversée sont lourdes pour les personnes les plus fragiles qui sont celles que nous accompagnons, (personnes âgées dépendantes, personnes en situation de handicap, personnes en situation d’exclusion sociale, enfants en danger…).

Dans ce contexte très difficile, la réaction du repli sur soi peut devenir prégnante et les politiques sociales risquent d’être de plus en plus subordonnées aux seuls impératifs financiers. Nos associations sont parfois mises en cause dans leurs missions comme dans leur existence par de multiples décisions de réduction des financements publics. Ainsi, la solidarité devient une variable d’ajustement des politiques publiques.

Investir sur la solidarité, c’est avoir une autre perspective. C’est affirmer qu’il faut non seulement maintenir mais renforcer le pacte social qui fonde notre société. En investissant sur la solidarité, on participe au développement de l’économie. Le social n’est pas la voiture balai du système productif mais bien un élément constitutif de l’économie.

La troisième bonne raison est que la défense résolue de notre « vivre ensemble », c’est le défi qui nous attend désormais. Le socle fondateur de nos libertés s’est construit dans la période comprise entre 1881 et 1905 avec les grands textes sur la liberté de la presse en 1881, la reconnaissance des syndicats en 1884, celle sur le droit d’association en 1901 et celle sur la séparation de l’église et de l’état en 1905. A partir de ce socle fondateur, les éléments qui constituent l’armature de notre société se sont mis en place. Pour les défendre, il nous faut combattre le désespoir mais aussi agir sans relâche à promouvoir les valeurs qui nous sont communes : primauté de la personne, esprit de solidarité, désintéressement, liberté d’expression, démocratie.

En conclusion, je voudrais citer Victor Hugo qui disait : « la grande chose de la démocratie, c’est la solidarité ». La loi du 31 juillet 2014 sur l’ESS reconnaît justement les acteurs non lucratifs en leur donnant enfin la place qu’ils méritent. La force de ces acteurs entrepreneuriaux est de créer à la fois des emplois non délocalisables et de la cohésion sociale, à la fois de l’activité économique et des réponses aux besoins locaux.

Voilà, je me suis écarté d’un seul parcours individuel, mais vous avez compris que c’est volontaire. Je termine en citant Carole Delga secrétaire d’état notamment chargée de l’ESS :

« Les acteurs non lucratifs sont précieux pour notre pays. Il fallait leur donner les moyens de leurs ambitions, parce qu’ils ont une fonction humaine, sociale, économique et territoriale indispensable ».

Parce qu’un avenir, comme le disait Georges Bernanos, cela se façonne, cela se veut.

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